Fin de l'aide MOBILI-PASS : raisons et alternatives en 2026
Par Brian Dumont · Publié le 29 janvier 2025 · Mis à jour le 14 août 2026 · 7 min de lecture
Sommaire
Ce qu'était l'aide MOBILI-PASS
Introduite en 2001, l'aide MOBILI-PASS était destinée aux salariés contraints de changer de domicile pour des raisons professionnelles : embauche, mutation ou déménagement de leur entreprise. Elle était réservée aux salariés du secteur privé non agricole, dans les entreprises d'au moins 10 personnes.
C'était une initiative d'Action Logement, l'organisme créé en 1943 et longtemps connu sous le nom de « 1 % logement ». Son financement repose sur la Participation des Employeurs à l'Effort de Construction (PEEC), une contribution des entreprises privées destinée aux aides pour leurs salariés.
Concrètement, l'aide prenait deux formes : une subvention qui finançait les services d'entreprises spécialisées dans la recherche de logement (les sociétés de relocation), et un prêt à taux préférentiel couvrant une partie des dépenses liées à la mobilité, jusqu'à 3 500 € au total. Dans les zones où le marché est tendu, elle a permis à de nombreux salariés d'être installés avant leur prise de poste.
Pourquoi elle a été supprimée
La réponse tient dans un déséquilibre budgétaire assumé publiquement. Le 24 mai 2023, devant la commission des affaires économiques du Sénat, Bruno Arcadipane, président du groupe Action Logement, déclarait : « Les partenaires sociaux ont souhaité arrêter ce produit pour deux raisons. La première, parce qu'économiquement, aujourd'hui, il n'est pas tenable. Deuxièmement, on souhaite faire une proposition juste après la signature, ou pendant la signature, de la convention quinquennale sur un produit de mobilité beaucoup plus dynamique, beaucoup plus précis, qui évitera toutes les fraudes de microstructures qui ont pu être créées pour bénéficier de ce produit. »
Dès 2021, Olivier Barrat, directeur Aides et Garanties chez Action Logement, reconnaissait la limite du dispositif : « Chaque année, nous dépassons le budget de 5 à 10 millions d'euros. Si la notoriété de cette aide augmente, nous ne pourrions pas répondre financièrement à toutes les demandes et cela entraînerait de la frustration. »
Les chiffres donnent la mesure du problème : un budget annuel de 33 millions d'euros, environ 16 000 salariés aidés chaque année, alors qu'environ un million de salariés connaissent une mobilité géographique professionnelle en France. Pour servir réellement les salariés en mobilité, il aurait fallu multiplier le budget par soixante. Le 30 juin 2023, les fonds épuisés, Action Logement a mis fin au dispositif.
Ce que sa fin a changé
Le premier choc a été pour les entreprises de relocation, dont le modèle reposait en partie sur cette subvention. Beaucoup ont dû fermer, entraînant leurs salariés et leurs sous-traitants indépendants. Plusieurs parlementaires, dont les députés Christelle Petex-Levet, Amélia Lakrafi et Julien Rancoule, ainsi que le sénateur Philippe Mouiller, ont interpellé le gouvernement sur ces conséquences par des questions écrites, à l'Assemblée nationale comme au Sénat. Ces alertes n'ont pas débouché sur un dispositif de remplacement.
La fin de l'aide a aussi creusé un écart entre salariés. Les grandes entreprises, qui en ont les moyens, financent désormais elles-mêmes l'installation de leurs recrues et de leurs mutés, en payant directement des services de recherche de logement. Les plus petites ne peuvent pas toujours suivre : leurs salariés vivent les mêmes déménagements, sans aide publique ni prise en charge de l'employeur. Là où l'aide MOBILI-PASS mettait tout le monde à la même enseigne, l'accès à un service d'installation dépend aujourd'hui de la taille de l'entreprise qui vous embauche.
La convention quinquennale signée entre l'État et Action Logement en juin 2023 prévoit bien un budget consacré à la mobilité des salariés sur la période 2023-2027. Mais à ce jour, août 2026, aucun produit comparable au MOBILI-PASS n'a été lancé. Les salariés en mobilité restent sans dispositif dédié.
Les acteurs qui ont survécu ont changé de modèle : ils proposent désormais leurs services directement aux salariés ou aux employeurs, sans subvention. C'est le cas de notre métier de chasseur d'appartement en location : le service existe toujours, il n'est simplement plus financé par l'État.
Les aides qui existent encore en 2026
Aucune ne remplace le MOBILI-PASS, mais trois dispositifs d'Action Logement peuvent alléger une installation :
| Mobili-Jeune | Alternants de moins de 30 ans : prise en charge d'une partie du loyer |
|---|---|
| Garantie Visale | Caution gratuite qui remplace un garant physique |
| Avance Loca-Pass | Prêt à taux zéro pour financer le dépôt de garantie |
L'aide Mobili-Jeune
Réservée aux alternants de moins de 30 ans dans le secteur privé : elle prend en charge une partie du loyer pendant la formation. C'est l'aide la plus proche dans l'esprit, mais son public est étroit : elle ne concerne ni les salariés en CDI ni les mutations.
La garantie Visale
Une caution gratuite d'Action Logement qui se porte garante auprès du propriétaire. Elle ne finance rien, mais elle résout le problème du garant, souvent bloquant quand on change de région. Nous la faisons utiliser régulièrement à nos clients en mobilité.
L'avance Loca-Pass
Un prêt à taux zéro pour financer le dépôt de garantie. Utile au moment de la signature, sans effet sur la recherche elle-même.
Reste une piste souvent oubliée : l'employeur. Dans le cadre d'une mutation ou d'une embauche, la prise en charge de la recherche de logement peut se négocier. C'est précisément ce que prévoient nos partenariats avec les entreprises.
Se loger en mobilité sans aide
Sans dispositif public, la difficulté reste entière : chercher un logement depuis une autre ville, avec un préavis court, dans des marchés où les bonnes annonces partent en quelques heures. Ce qui fonctionne : anticiper la recherche dès que la mutation est connue, préparer un dossier locatif complet avant la première visite, et accepter que les visites se fassent à distance, en virtuel.
Questions fréquentes
Peut-on encore demander l'aide MOBILI-PASS en 2026 ?
Non. L'aide n'est plus distribuée depuis le 30 juin 2023 et aucune demande ne peut être déposée. Les pages qui annoncent des « conditions MOBILI-PASS 2026 » décrivent un dispositif qui n'existe plus.
Une aide de remplacement est-elle prévue ?
La convention 2023-2027 entre l'État et Action Logement prévoit un budget pour la mobilité des salariés, et son président a évoqué un futur « produit de mobilité ». À ce jour, août 2026, rien n'a été lancé.
Je suis muté : quelles aides puis-je mobiliser ?
La garantie Visale si vous n'avez pas de garant, l'avance Loca-Pass pour le dépôt de garantie, et l'aide Mobili-Jeune si vous êtes alternant de moins de 30 ans. Pensez aussi à négocier la prise en charge de votre recherche avec votre employeur.
Les entreprises de relocation existent-elles encore ?
Oui, mais moins nombreuses. Celles qui restent facturent leurs services directement aux salariés ou aux employeurs, sans subvention publique.
Sources
- Convention quinquennale 2023-2027 entre l'État et Action Logement (info.gouv.fr)
- Texte de la convention quinquennale (Légifrance)
- Crise du logement : audition d'Action Logement Groupe, Sénat, 24 mai 2023 (vidéo)
- Question écrite n°8664, Assemblée nationale : fin du dispositif Mobili-Pass
- Question au Sénat : non-renouvellement du dispositif Mobili-Pass