Louer un appartement sans CDI : ce que demandent les agences
Par Brian Dumont · Publié le 19 septembre 2026 · 16 min de lecture
Pour commencer, sachez qu'aucun texte n'impose un CDI pour louer un logement. Une agence immobilière regarde deux choses : que vos revenus soient suffisants et la durée de votre situation. Un point très important pour comprendre : si le propriétaire a une assurance loyers impayés (la GLI), il y a des conditions strictes à respecter.
Nous logeons chaque année des salariés en CDD, en période d'essai et des indépendants. Voici ce que les agences immobilières leur demandent, et ce que nous leur conseillons.
Sommaire
- Peut-on louer un appartement sans CDI ?
- Pourquoi un dossier sans CDI est-il refusé ? Le rôle de la GLI
- Louer en CDD : quelles conditions ?
- Louer avec une période d'essai : le garant est demandé, et il ne vous remplace pas
- Louer un appartement en intérim : est-ce possible ?
- Louer en indépendant ou auto-entrepreneur : que regardent les agences ?
- À quoi sert le garant, et à quoi ne sert-il pas ?
- Que faire quand le dossier ne passe pas ?
- Faut-il un chasseur immobilier pour louer sans CDI ?
Peut-on louer un appartement sans CDI ?
Oui. La loi n'exige aucun type de contrat de travail pour louer un logement. Elle fixe seulement la liste des pièces que le bailleur peut vous demander (décret n° 2015-1437 du 5 novembre 2015). Un contrat de travail, une attestation d'employeur, un extrait Kbis ou une carte d'étudiant par exemple.
Dans la pratique, le bailleur (l'agence ou le propriétaire) choisit le candidat qu'il juge solvable afin de diminuer les risques d'impayés. Il se pose deux questions. Vos revenus couvrent-ils trois fois le loyer charges comprises ? Votre situation est-elle stable ? Un CDI hors période d'essai peut répondre facilement aux deux conditions. Pour les autres situations professionnelles, c'est là que ça se complique, car vous verrez que le bailleur n'est très souvent pas le seul à étudier le dossier et à fixer des conditions.
Pourquoi un dossier sans CDI est-il refusé ? Le rôle de la GLI
Dans la plupart des cas, le refus vient de l'assurance loyers impayés du propriétaire : l'assureur n'accepte pas votre contrat. Cette assurance loyers impayés, communément appelée GLI pour Garantie Loyer Impayé, sert à dédommager financièrement le propriétaire, à hauteur des loyers et charges impayés et dans la limite fixée par le contrat, dans le cas où le locataire ne paye pas ou plus son loyer. C'est un coût pour le propriétaire, elle n'est pas obligatoire mais très souvent utilisée. L'assureur impose ses critères pour le choix du locataire afin de limiter les impayés, des critères parfois très stricts selon les GLI, et les agences sont obligées de les appliquer dans la sélection du dossier.
Première conséquence : avec une GLI, le garant est refusé, même solvable. La loi interdit de cumuler cette assurance et une caution. Seule exception : le locataire étudiant ou apprenti (article 22-1 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989). Un garant ne compense donc jamais vos revenus si vous travaillez, il est même interdit s'il y a la GLI.
Seconde conséquence : les critères des assureurs sont plus stricts que ceux d'un propriétaire. Dans les contrats de GLI que nous voyons passer, un CDD doit avoir dix à douze mois restants. Une période d'essai en cours est refusée, quel que soit le salaire. L'intérim est généralement exclu.
Sans GLI, le bailleur se protège avec un garant et il le demande généralement à tous les profils, c'est là qu'un dossier sans CDI a ses meilleures chances.
La GLI ne se voit pas dans l'annonce. Avant de visiter, demandez à l'agence immobilière si le logement est assuré et si votre situation entre dans les critères. Certaines organisent les visites sans vérifier au préalable, demander vous évitera un déplacement inutile.
Louer en CDD : quelles conditions ?
La majorité des agences immobilières étudient un CDD comme un CDI s'il reste au moins un an de contrat à la signature du bail. En dessous d'un an restant, la GLI bloque généralement le dossier, il faut donc viser les appartements sans assurance. Le seuil dépend du contrat d'assurance et du gestionnaire : certaines agences immobilières descendent à dix mois restants.
Seule la durée restante compte : un CDD renouvelé trois fois chez le même employeur n'est pas une stabilité aux yeux de l'agence immobilière, qui regarde la date de fin du contrat en cours. Face à un propriétaire sans GLI, un CDD plus court peut passer avec un garant solvable, mais nous le voyons rarement, et surtout sur des logements qui peinent à se louer. Une promesse d'embauche peut aussi être acceptée, surtout si elle ne prévoit pas de période d'essai : le dossier peut alors être étudié, avec ou sans GLI. En tant que chasseurs immobiliers, nous acceptons une recherche en CDD à partir d'un an de contrat restant, sinon nous considérons le dossier comme trop compliqué dans le système des agences immobilières.
Les pièces d'un dossier en CDD
- Le contrat de travail, ou une attestation de l'employeur de moins de trois mois avec la date de fin du contrat et, si elle est passée, la fin de la période d'essai
- La promesse d'embauche ou de renouvellement de contrat, si vous en avez une, en mentionnant si possible l'absence de période d'essai
- Les trois derniers bulletins de salaire, toutes les pages
- Le dernier avis d'imposition, toutes les pages
- Une pièce d'identité en cours de validité, recto et verso
- Un justificatif de domicile : les trois dernières quittances de loyer, une attestation d'hébergement ou l'avis de taxe foncière
Un contractuel de la fonction publique est étudié comme un CDD du privé. Les contrats publics détaillent peu la rémunération : demandez une simulation de salaire ou une attestation du montant net mensuel, très pratiqué pour les fonctionnaires. Pour présenter vos pièces, suivez notre guide du dossier de location.
Louer avec une période d'essai : le garant est demandé, et il ne vous remplace pas
En période d'essai, les agences immobilières peuvent demander un garant s'il n'y a pas de GLI sur le bien, mais ce garant ne vous remplace pas. L'agence se base toujours sur votre situation et votre salaire, même avec un bon garant. C'est l'idée fausse que nous corrigeons le plus souvent.
Face à un bailleur sans GLI, le garant est exigé par la plupart des agences immobilières, mais attention, il ne sert que de sécurité : l'agence ne se base pas sur sa rémunération pour calculer votre budget maximum. Si vos revenus permettent un loyer de 700 € charges comprises, un garant à 6 000 € par mois ne vous fera pas viser 1 000 €. Pour rappel, s'il y a une GLI, le garant est obligatoirement refusé et, dans tous les cas, la période d'essai suffit à écarter le dossier.
Comprenez le risque pour le bailleur : pendant votre période d'essai, le contrat peut être rompu rapidement, avec un simple délai de prévenance, à votre initiative ou à celle de l'employeur, et cela arrive plus souvent que l'on pense.
Ce qui débloque la situation, c'est encore une fois un écrit. Une attestation d'employeur de fin de période d'essai prouve que vous êtes en CDI confirmé, et le garant n'est généralement plus exigé. Attention si votre période d'essai était renouvelable : sans document, l'agence immobilière ou l'assureur la considèrent toujours en cours. Demandez la confirmation écrite dès que la période est validée.
Louer un appartement en intérim : est-ce possible ?
Louer en intérim par une agence immobilière est difficile : la plupart des contrats de GLI excluent les intérimaires, ou ne les acceptent que sous conditions d'ancienneté. Sans GLI, l'agence immobilière demande une mission d'au moins dix mois à un an devant vous, ce qui est rare. Comme pour le CDD, seule la durée restante compte. Les missions passées, même nombreuses, ne comptent pas.
Les meilleures chances d'un intérimaire sont chez un propriétaire particulier sans GLI, avec un garant solvable, ou en bail mobilité si la mission est temporaire. Si votre agence d'intérim peut attester d'une mission longue avec sa date de fin, joignez ce document. C'est la pièce que l'agence immobilière lira en premier.
Louer en indépendant ou auto-entrepreneur : que regardent les agences ?
Pour un indépendant, les agences immobilières demandent au moins un an d'activité, souvent deux, et jugent sur la moyenne des revenus passés. La moyenne se calcule sur la dernière ou les deux dernières années, jamais sur les trois derniers mois. Vos revenus doivent apparaître a minima sur le dernier avis d'imposition.
L'indépendant est le seul profil jugé sur le passé. La stabilité de votre activité est jugée selon ce que vous avez réalisé : si elle tourne depuis deux ans, elle a de fortes chances de continuer. La régularité de votre chiffre d'affaires annuel remplace la sécurité du contrat de travail. C'est l'inverse du salarié, qui est étudié sur son salaire actuel : une augmentation compte dès qu'il en a la preuve, nouveau contrat ou lettre d'augmentation. Soyez rassuré si vous n'avez pas travaillé pendant plusieurs mois : les agences immobilières regardent la moyenne annuelle, pas le détail mois par mois. Une activité peut être saisonnière, la régularité se juge à l'échelle des années.
Le chiffre retenu varie d'une agence immobilière à l'autre : chiffre d'affaires, revenu après cotisations, ou revenu après abattement fiscal. Il est divisé par douze, et votre loyer charges comprises doit tenir dans le tiers de cette moyenne. Présentez vos documents de façon à permettre les trois lectures.
Les pièces d'un dossier d'indépendant
- Les deux derniers avis d'imposition, toutes les pages
- Le dernier bilan, simplifié ou liasse fiscale. Pour un auto-entrepreneur : l'attestation de chiffre d'affaires de l'URSSAF, ou les déclarations des douze ou vingt-quatre derniers mois
- L'extrait Kbis, l'avis de situation INSEE ou l'inscription au répertoire des métiers, selon votre statut
- Une pièce d'identité en cours de validité, recto et verso
- Un justificatif de domicile : les trois dernières quittances de loyer, une attestation d'hébergement ou l'avis de taxe foncière
Une attestation de votre expert-comptable sur l'exercice en cours est un plus.
À quoi sert le garant, et à quoi ne sert-il pas ?
Le garant sécurise un contrat fragile face à un bailleur sans assurance GLI ; il ne remplace jamais votre situation, sauf pour un étudiant. Un garant doit être solvable : chez la plupart des agences immobilières, ses revenus nets atteignent quatre fois le loyer charges comprises. En dessous, il n'apporte rien. Voici quelques exemples de garants acceptés ou refusés :
| Proche en CDI | Accepté, avec ses trois derniers bulletins et son avis d'imposition. |
|---|---|
| Parent ou proche retraité | Accepté, sur sa pension et son avis d'imposition. |
| Les deux parents | Additionnés en principe, surtout sur le même avis d'imposition. Sur deux avis séparés, certaines agences n'additionnent pas. |
| Étranger qui travaille en France, frontalier qui déclare tout en France | Accepté, dès que les revenus figurent sur un avis d'imposition français. |
| Proche en CDD | Refusé : un garant doit avoir une situation stable. |
| Proche qui vit et travaille à l'étranger | Refusé presque toujours. La loi admet pourtant les documents fiscaux du pays concerné (décret n° 2015-1437), mais dans les faits, les agences immobilières que nous connaissons ne les retiennent pas. |
Visale et les garants payants
La garantie Visale est une caution gratuite d'Action Logement. Elle est ouverte à tout locataire de 18 à 30 ans inclus. Au-delà, elle couvre les salariés du privé en période d'essai ou en CDD depuis moins de six mois, en promesse d'embauche ou en mutation, et ceux dont le salaire net ne dépasse pas 1 710 € par mois. Elle prend en charge jusqu'à 36 loyers impayés sur les trois premières années du bail. Elle remplace le garant : elle ne se cumule ni avec un garant physique ni avec une assurance GLI.
Dans les dossiers que nous montons, très peu d'agences immobilières l'acceptent. Même chose pour les garants payants comme Cautioneo, SmartGarant ou Garantme. Une agence immobilière qui reçoit plusieurs dossiers retient un dossier classique. Elle ouvre ses critères quand le logement peine à se louer. Avant de compter sur Visale, demandez à l'agence immobilière si elle l'accepte.
Que faire quand le dossier ne passe pas ?
Trois voies restent ouvertes : les propriétaires particuliers sans GLI, le bail mobilité, et revoir vos critères de recherche à la baisse.
Les particuliers sans GLI sont parfois plus souples, parce que l'humain entre en jeu. Un propriétaire qui loue lui-même, sans assurance, n'a pas d'assureur à satisfaire. Il peut accepter un CDD ou une période d'essai avec un très bon garant, ou une situation qui le rassure. Votre dossier doit alors montrer ce qui vous amène et pourquoi votre situation va durer. Nous le détaillons dans notre article sur la location à distance.
Le bail mobilité s'adresse aux situations temporaires : formation, études, apprentissage, stage, service civique, mutation ou mission professionnelle. Il porte sur un logement meublé, pour un à dix mois, sans renouvellement. Le propriétaire ne peut pas demander de dépôt de garantie (articles 25-12 et suivants de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989). Visale y est possible à tout âge. Pour un CDD court ou une mission d'intérim, c'est souvent la solution la plus réaliste.
Enfin, un dossier refusé à 900 € peut passer à 750 € : le ratio de trois fois le loyer redevient confortable. Élargir le secteur produit le même effet.
Les autres situations, en un coup d'œil
| Alternance | Bon dossier : vous êtes considéré comme étudiant, donc évalué sur votre garant. Présentez-vous comme tel et ne mettez pas vos bulletins en avant ; joignez-les si l'agence immobilière les demande. L'objectif est qu'elle se base sur les revenus de votre garant, pas sur les vôtres. |
|---|---|
| Stage | Rarement accepté pour un bail classique : un stage étudiant dure au plus six mois par organisme et par année d'enseignement. Le bail mobilité est prévu pour ce cas. |
| Portage salarial | Accepté, étudié comme un salarié sur ses bulletins. |
| Retraité | Accepté, sur sa pension et son avis d'imposition. |
| Demandeur d'emploi | Refusé dans la plupart des agences immobilières. Les aides au logement n'entrent pas dans le calcul de solvabilité. |
Faut-il un chasseur immobilier pour louer sans CDI ?
Un chasseur immobilier est un professionnel que vous mandatez pour chercher, visiter et déposer votre dossier à votre place. Il ne change pas les critères des assureurs. En revanche, il sait avant la visite quels logements sont couverts par une GLI. Il connaît les agences immobilières qui étudient un CDD long comme un CDI. Et il présente votre situation avec les pièces qui répondent aux questions du bailleur.
Chez ProjetLocation, un chasseur d'appartement en location prend votre recherche en charge : étude de votre situation dès le premier appel, dossier, sélection des logements accessibles à votre profil, visites, candidature déposée avec votre accord, relances jusqu'à la signature. Nous acceptons une recherche à partir d'un an de CDD restant, ou de deux ans d'activité pour un indépendant, et si votre situation ne passera pas, nous vous le disons dès le premier appel. La recherche prend en moyenne deux semaines, selon votre budget et vos critères. Nos honoraires sont dus à la signature du bail.
Brian Dumont
Fondateur de ProjetLocation, chasseur d'appartement en location. Notre service : projetlocation.fr · Instagram
Vos questions sur la location sans CDI
Est-il obligatoire d'avoir un CDI pour louer un appartement ?
Non. Aucun texte n'exige un CDI. La loi fixe la liste des pièces qu'un bailleur peut demander (décret n° 2015-1437 du 5 novembre 2015). Un contrat de travail, un Kbis ou une carte d'étudiant y figurent au même titre. Le bailleur choisit ensuite le candidat qu'il juge le plus solvable. S'il a une assurance loyers impayés, ce sont les critères de l'assureur qui s'appliquent.
Quel salaire pour un loyer de 700 € ?
Environ 2 100 € nets par mois, soit trois fois le loyer charges comprises. C'est le seuil qu'appliquent la plupart des agences immobilières et des assureurs. Un garant, quand il est demandé, doit présenter environ quatre fois le loyer, soit 2 800 € nets par mois pour ce même logement.
Peut-on louer un appartement sans CDI ni garant ?
Oui, notamment avec un CDD d'au moins un an restant, ou une activité indépendante de deux ans avec des revenus réguliers : la majorité des agences immobilières les étudient comme un CDI, sans garant. L'acceptation dépend ensuite de vos revenus, du bailleur et des conditions de son éventuelle GLI. Et quand le logement est assuré, le garant est de toute façon refusé (article 22-1 de la loi du 6 juillet 1989).
Est-il possible de louer un appartement sans travailler ?
En agence immobilière, un dossier sans revenus d'activité est refusé dans la plupart des cas. Les aides au logement n'entrent pas dans le calcul de solvabilité. Un retraité est étudié sur sa pension, un étudiant sur son garant. Pour les autres situations, les propriétaires particuliers, le bail mobilité et les organismes de logement solidaire restent les voies les plus réalistes.
Comment savoir si on est éligible à la GLI ?
Demandez-le à l'agence immobilière avant la visite : la GLI ne se voit pas dans l'annonce. Dans les contrats que nous voyons passer, les assureurs acceptent un CDI hors période d'essai, un CDD avec dix à douze mois restants, ou un indépendant avec deux ans d'activité. Les revenus nets doivent atteindre trois fois le loyer charges comprises. Une période d'essai en cours est exclue, et l'intérim l'est presque toujours. Le garant est refusé, sauf pour un étudiant ou un apprenti.
Sources
- Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 : caution et assurance loyers impayés (article 22-1), pièces exigibles (article 22-2), bail mobilité (articles 25-12 et suivants) (Légifrance)
- Caution pour un logement : interdiction du cumul avec une assurance loyers impayés sauf étudiant ou apprenti, pièces du garant dont les documents fiscaux étrangers (Service-Public)
- Pièces exigibles d'un candidat locataire et sanctions (Service-Public, décret n° 2015-1437)
- Bail mobilité : durée, situations concernées, dépôt de garantie interdit, garantie Visale (Service-Public)
- Garantie Visale : conditions d'éligibilité, salaire net de 1 710 €, 36 loyers couverts (Action Logement)
- Visale : une garantie qui ne se cumule pas avec une caution ni une assurance loyers impayés (Visale)
- Stage étudiant : six mois maximum par organisme et par année d'enseignement (Service-Public)